mardi 15 mars 2016

Les incuries d'un certain républicanisme

Le récent manifeste du printemps républicain synthétise toutes les incuries d'un certain républicanisme : proclamations pleines de principes, recours forcenés à la rhétorique universaliste, références constantes à la laïcité à défendre – contre qui ? pourquoi ? – et protestations à grand renfort de triptyques. Mais en réalité, s'il est difficile d'être en désaccord avec ces propos, c'est qu'il s'agit du retour mou de la République bourgeoise et abstraite.

La République, telle qu'elle est décrite ici, est de celles qui flottent dans le ciel des idées lisses et pures des universitaires. Une République dépourvue de la mystique de Péguy – car ses partisans n'ont rien des hussards d'antan, éperdus d'idéal, austères dans leur vie et sacrificiels dans leur lutte. Une République de bourgeois qui n'a que faire de la question sociale, n'ayant pas un seul mot pour l'égalité concrète et réelle – c'est-à-dire celle des moyens de production et des revenus – des citoyens qui la composent
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Une République qui n'a de républicaine que le nom, et qui a bien plus trait au gouvernement représentatif libéral qu'à une République digne de ce nom : la liberté n'est ici que la liberté privative des Modernes. Il n'est en effet fait référence nulle part à la participation active à la politique qui était si chère aux théoriciens républicains à la Rousseau, Harrington ou Hannah Arendt. L'égalité se résume à celle des sujets devant une loi composée par d'autres, et non celle d'authentiques citoyens dans la création de cette dernière.

Et de la laïcité, est-il fait mention de son socle populaire et radical : la solidarité ? Non, point trop n'en faut. La laïcité sera pure ou ne sera pas. Il n'est donc fait nulle part mention du fait que l'une des raisons principales du recul de la laïcité, outre les coups de boutoir venus des cléricalismes et des postmodernes, est bien évidemment la privatisation radicale des institutions publiques – l'école, la politique devenue politique de lobbies, la sécurité sociale qui dans le modèle anglo-saxon est déléguée aux communautés religieuses, etc.

La République, la vraie, n'a jamais été autre chose que l'idéal antique revenu dans la modernité. Le trésor perdu des révolutions (Arendt) : la politique radicale, radicalement libertaire et égalitaire, des conseils ouvriers, des communes insurrectionnelles, des entreprises autogérées, etc. Car il n'y a rien de publique ou de commun dans un régime qui ne se préoccupe que de principes abstraits, d'autant plus ineffectifs qu'ils n'ont aucun contact avec la réalité du peuple souverain. Et il n'y a pas de vrais citoyens dans un régime avec autant de chômeurs, autant de pauvres, autant de citoyens incapables de vivre décemment, soumis à l'aliénante survie du quotidien. Peut mieux faire.