jeudi 12 juin 2014

Alba Calvache, gardienne des semences

Alba Marleny Portillo Calvache 
En Colombie, le combat contre les trusts semenciers fait rage. Dans l'édition de mai du mensuel CQFD (n°122), un article est consacré à cette lutte menée de front notamment par Alba Calvache, porte-parole du Red de Guardianes de Semillas de Vida (RGSV).

Dans ce pays, ainsi que ceux qui l'environnent, les paysans sont de plus en plus jetés à la misère en raison d'accords de libre-échange, notamment avec les Etats-Unis. Ceux-ci profitent aux grandes multinationales telles que Monsanto, Dupont ou Syngenta, avares en OGMs et dont la vision de l'agriculture les fait prendre les graines traditionnelles comme de la concurrence déloyale (!). Les modes de récoltes anciens, qui permettaient aux paysans de s'assurer un minimum d'autonomie alimentaire (notamment via la préservation d'une partie des récoltes afin de ré-ensemencer leurs terres), disparaissent en conséquence, parfois par la loi elle-même, souvent par la force des choses.

Voici donc un florilège de citations d'Alba tirées de l'article, probablement déroutantes pour les militants occidentaux traditionnels (souvent méprisants ou indifférents au sort des paysans) mais qui en disent long sur la vision écosocialiste – décroissante ? – de ceux qui ont à faire face au capitalisme de plein fouet :

« Je continue à semer bien que j'habite actuellement dans la ville de Cali. C'est un choix que nous avons fait malgré mon peu de goût pour la vie urbaine. En ville, on théorise trop et on n'agit pas assez. Dans notre réseau, basé sur l'amitié et la confiance, il y a des paysans gardiens, des citadins avec leurs circuits courts de distribution, mais aussi des agriculteurs désirant revenir à un mode de production agro-écologique. Nous produisons distribuons et certifions nous-mêmes les graines sauvegardées. »

« Pour nous, la vie aux champs, c'est la liberté : pauvres, mais sans patron. L'existence y est dure, mais l'air est pur, la nourriture saine, les liens entre les gens plus forts. Pourtant, quand un fils de paysan va étudier en ville, on lui enseigne que réussir sa vie, c'est tourner le dos à la terre et devenir médecin, professeur, ingénieur. L'académisme a fait beaucoup de mal aux cultures populaires. Pour les citadins, paysan est synonyme d'ignorant. Et ce préjugé a fait son trou jusque dans l'esprit des gens de la campagne. Voilà pourquoi une agricultrice dont plusieurs dizaines de sacs de riz venaient d'être détruits par la police s'excusait presque : "Nous ne savions pas que nous faisons quelque chose de mal." »

« Ma mère peut passer des heures à regarder pousser ses plants de yucca ; et moi aussi. Mon père se moque de nous : "Assez rêvé, au travail !", plaisante-t-il. »

« Renier les graines traditionnelles, c'est comme renier ses propres parents. Une graine sans histoire est une coquille vide. Une semence, c'est la vie, c'est un patrimoine commun, une culture, une mémoire. Elle est notre aliment, mais aussi notre pouvoir. Celui qui possède les semences et la terre a aussi le pouvoir, et nous ne pouvons permettre qu'il soit exclusivement entre les mains de quelques-uns. »

La Red de Guardianes de Semillas de Vida (RGSV) 

lundi 2 juin 2014

Cette semaine dans Marianne : Tout changer !... pour que rien ne change

Saperlipopette, le national-populisme a encore frappé ! Heureusement que le brave reporter Jacques Julliard, dans son édito pour le dernier Marianne, est là pour le désigner de sa vindicte. « Le national-populisme, voilà l'ennemi ! », tel est le slogan scandé par ce soldat de l'an II( mille quatorze), bardé de toutes les médailles possibles de l'Ordre de la Bravoure eurolibérale.

Dans cet édito, on apprend avec intérêt que « les Français ne sont pas des Suédois ; ils ont le culte du chef », que le « Front de gauche des communistes et de Jean-Luc Mélenchon » est national-populiste, ou que Jean-Luc Mélenchon a pour responsabilité dans l'échec de son camp d'avoir « hystérisé et histrionisé son aversion maniaque pour François Hollande » (qui pourtant n'a aucune forme de soutien nulle part, à gauche, à droite ou ailleurs).

Mais le plus intéressant se situe dans cet enchainement somme toute burlesque de personnalités françaises qui seraient toutes, en tant qu'élites françaises, « pères » de cette Europe fantastique (et cependant moribonde depuis le glorieux Jacques Delors). Jugez sur pièce : « Jean Monnet, Robert Schuman, Charles de Gaulle, François Mitterrand ». Trouvez l'intrus ! Ou devrais-je dire « où est Charlie ? ». Ce dernier semble ainsi agiter nonchalamment son écharpe tant il est facilement repérable au sein de ce groupe caricaturalement européiste.

Ainsi, Schuman, l'auteur d'une déclaration éponyme de 1950 qui allait à l'encontre des visions gaullistes de l'Europe, côtoie son mentor Jean Monnet, dont le mépris pour le Grand Charles lui était admirablement retourné. A côté, un François Mitterrand, adversaire irréductible – pour de bonnes et de mauvaises raisons –, aurait dans l'historiographie julliardienne soutenu l'Europe de De Gaulle, alors qu'il a été depuis le tournant de 1983 de tous les coups fourrés de l'Europe ordolibérale, à visée fédérale et libre-échangiste – quand De Gaulle qualifiait ce laisser-fairisme de « chienlit ».

Décidément, les qualités indubitables d'intellectuel et d'historien (du syndicalisme révolutionnaire et de la gauche) de Jacques Julliard semblent s'arrêter là où commence son européisme délirant, béat, baba et bavant.